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Mon premier contact avec la parfumerie remonte à mon enfance. Ma tante et ma grand-mère étaient folles de Chanel. Les salles de bains étaient jonchées de décanteurs de N°5, Coco Chanel, N°19 et autres dizaines d’échantillons de toutes marques. Mais de mes souvenirs rien ne m’avait plus marqué que ce que portait mon père.

Je me rappelle avoir un jour ouvert sa trousse en son absence pour jouer avec ses bouteilles. J’étais petit mais je reste très touché par ce souvenir. J’avais pu rester un certain temps dans le jardin secret de mon paternel ! Il était toujours parfumé, je pouvais enfin saisir ses armes.

Il aimait quatre marques. Il parlait souvent de Van Cleef, mais je n’ai jamais vu de flacon en sa possession. En revanche, Monsieur de Givenchy planait très souvent dans l’atmosphère. Lorsqu’il sortait on pouvait suivre dans l’escalier son sillage épicé de poivre et cannelle, la fraîcheur citronnée nous appelait à le suivre.

Mais les deux fragrances qui m’ont le plus frappé, tant par leur force que par leur caractère ultra masculin, sont Drakkar Noir de Guy Laroche et Eau Sauvage de Christian Dior.

Ce Drakkar complexe me saisissait. À la première pulvérisation les notes de menthe, citron et lavande explosaient envoûtant ainsi les chemises de mon vieux.

Lors d’une de mes excursions en Égypte je suis retombé sur ce parfum, dans une petite boutique de Nasr City au Caire. Ça m’a tellement renversé que l’ai acheté juste pour l’avoir.

Mais mon père, c’était avant tout cette Eau Sauvage de Dior ! Il avait l’habitude de se raser tôt le matin, monopolisant la salle de bain en toute impunité. Puis il se frappait avec l’après rasage avant d’en rajouter en eau de toilette. Sortant en vainqueur de ce hammam, il embrasait alors la chambre puis le reste de la maison. Toujours ce citron cher à son cœur, bergamote, coriandre, bois de santal, patchouli… tout y est.

C’est influencé de ces notes que j’identifie aujourd’hui le parfum masculin, tatoué dès l’enfance par ses fragrances uniques. Et même si je ne suis pas très Dior du tout en matière de parfum, je dois à Eau Sauvage une grande partie de mes souvenirs.